AUTAN EN EMPORTE LE VENT

Fin novembre 2016, pour ma dernière semaine de congés de l’année je pars en solo sur une rivière du sud de la France. Les prévisions météo semblent bonnes, des températures douces pour la saison et surtout un épisode cévenol prévu en milieu de semaine avec du vent à plus de 70 km/h, de la pluie et des orages.

Samedi matin, je prends la route vers 7h30 et arrive au bord de la rivière trois heures plus tard. Pour commencer cette session j’ai choisi un bief que je connais peu mais qui m’a bien réussi deux mois plus tôt. Je gonfle mon 3,20m et je pars à la recherche d’indices, le niveau est bas, l’eau très claire (visibilité jusqu’à près de 3 mètres), ce qui est un avantage pour observer des grouinages, herbiers ou même des poissons mais c’est loin d’être le top pour la pêche sur cette rivière. Après environ trois heures de recherches je décide d’amorcer une zone à l’amont du bief, je distribue environ deux kilos de bouillettes CC MOORE « Pacific Tuna » en 24mm nappées de « Response+ Spice » et autant de pellets sur une bordure abrupte constituée de petits et gros rochers. Je me dirige ensuite environ 1km plus bas, juste en aval d’un radier ou j’avais observé des poissons lors d’un précédent repérage. Les profondeurs sur ce secteur sont inférieures à 4m, ce qui me permet de déposer précisément au cœur d’herbiers plus ou moins denses ou même sur des grouinages bien visibles sur ces milliers de coquilles de corbicules recouvrant le fond. Chaque montage sera accompagné d’une quarantaine de bouillettes et trois poignées de pellets, niveau esches ça sera des doublés de 24mm pour la berge d’en face et des bonhommes de neige sur ma berge. A peine mon campement fini d’installer qu’une touche libère ma tête de ligne de la pince à linge située en face. Un chevesne en guise de premier poisson, je ne suis pas étonné mais j’espère ne pas les enchainer cette nuit. A 18h il fait nuit, je passe un petit coup de fil à ma femme et mon fils, me prépare à manger puis regarde un film sur la tablette. Je ne serai pas dérangé par mes Delkim ce soir là mais par des chevreuils ou sangliers qui devaient avoir pour habitude de passer ici car ils tenteront de venir à deux reprises.

La nuit a été très calme, seul un chevesne s’est manifesté au petit matin, je décide de rester jusqu’à 14h puis je me dirigerai sur le poste amorcé la veille. Le vent souffle un peu plus que la veille, je fais un petit tour de bateau sur le radier et observe deux carpes prenant rapidement la fuite à mon approche. Sur le second poste la configuration est bien différente, je place deux cannes en face entre 4,5 m et 5 m de profondeur dans le courant principal et les deux autres sur ma berge sur un fond plus mou et des profondeurs comprises entre 1,5m et 2,5m. Cette seconde nuit me rapporte une petite commune sur la zone pré-amorcée,  c’est pas grand-chose mais ça motive un peu et pour pouvoir bien exploiter ce poste j’y passerai une deuxième nuit car dès qu’il y a un changement de poste on perd du temps de pêche (surtout si on ne sait pas ou on se dirige).

Mardi matin, je viens d’effectuer ma troisième nuit et une seconde commune, d’un gabarit un peu plus intéressant, s’est laissée piéger sur la même canne (même spot) que la première à exactement 24h d’intervalle. Tout ça est de bonne augure mais maintenant deux choix s’offrent à moi, soit je redescends plus bas sur le bief, soit je change de bief. Après réflexion, je décide de me diriger vers un autre bief que je connais mieux.

Etant donné que ce secteur m’est plus familier, je trouve rapidement chaussure à mon pied, tant mieux d’ailleurs, car la pluie s’est invitée. Autre avantage, j’ai mon véhicule à côté, seul bémol, je ne suis pas sur un secteur en pêche de nuit et je suis assez visible.

Me voilà maintenant installé, les montages sont posés dans des profondeurs allant de 1,5m à 4,5m sur des fonds durs pour trois d’entre eux, le quatrième sur une bordure vaseuse. Je termine la soirée tranquillement dans mon duvet à regarder un film. En fin de nuit j’enregistre une touche berge opposée, à la prise de contact je sens que c’est lourd mais ça vient gentiment en donnant quelques timides coups de tête, je commence même à penser à un chevesne pris dans une branche. Arrivée au bord je distingue rapidement que c’est bien une carpe, de belle taille même, cette miroir bien ronde d’un peu plus de 17kg me donne le « smile » de bon matin. Durant cette journée je ne cesserai de me poser des questions : « dois-je changer de poste ? », « était-ce la seule carpe à prendre sur ce poste ? »…. Il ne me reste que deux nuits maxi et je sens l’étau se resserrer, « tant pis, je reste ici, on verra bien… ».

A présent le vent d’Autan souffle fort et il pleut toujours, le niveau de l’eau monte régulièrement et elle se teinte petit à petit, je sais que c’est des bonnes conditions pour pêcher cette rivière mais je n’ai pas la certitude d’être sur la bonne zone, je croise les doigts…

La soirée est perturbée, entre le vent, la pluie et l’orage qui gronde à quelques kilomètres de là, je ne suis pas très attentif au film de ce soir. Vers 23h ça déroule sur ma canne placée sur la bordure vaseuse, à la prise de contact je sens que c’est sérieux, le poisson est puissant mais la zone est propre donc au bout de quelques minutes c’est dans le filet. C’est une miroir avec des magnifiques couleurs et une morphologie vraiment sympa qui frôle les 24kg, je la mets au sac, retends ma canne puis tente de m’endormir, non sans mal.

Le lendemain matin la même canne que la veille démarre, je ferre, ça me prend quelques mètres de fil puis décrochée, « M….DE !!! ». Je me fais un café, fume une clope et prépare la séance photo quand tout à coup c’est une des cannes d’en face qui s’affole, le doublé de « Pacific Tuna » 24mm s’est fait gober, s’ensuit un combat tout en force avec une autre miroir qui elle, aura vendu chèrement sa peau. Me voilà avec deux poissons à photographier qui feront à eux deux un peu plus de 44kg.

A la suite de cette séance photo (sans vidéo malheureusement par manque de batterie), je rangerai le matériel puis prendrai le chemin du retour sereinement. Le genre de session que l’on oublie pas.(ajouter photo hiver 2016)

texte et photos: Geoffroy AUDOUARD

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